Nous pensions venir goûter du fromage. Nous avons rencontré un berger et toute une histoire de SicileNous pensions venir goûter du fromage. Nous avons rencontré un berger et toute une histoire de Sicile

Il y a des expériences que l’on planifie. Et puis il y a celles que l’on n’aurait probablement jamais vécues sans quelqu’un pour nous ouvrir une porte.
C’est exactement ce qui nous est arrivé cette année à Caltabellotta, dans l’arrière-pays de Sciacca.
C’est Marisa Gallo, guide touristique dans la région de Sciacca et grande amoureuse de son territoire, qui nous a permis de rencontrer Paolo Marsala, berger et producteur de fromages. Marisa aime justement faire découvrir aux voyageurs cette Sicile plus intime, celle des producteurs, des traditions et des rencontres authentiques.
Et cette fois, elle nous avait réservé quelque chose de très spécial.

Une fromagerie à flanc de montagne

Il faut monter vers Caltabellotta pour rejoindre Paolo.
Le décor à lui seul vaut le déplacement. Ici, les montagnes dominent le paysage et l’agriculture semble s’être adaptée à chaque pente, même les plus improbables.
La fromagerie de Paolo est justement installée à flanc de montagne. Lorsque nous arrivons, ses brebis sont regroupées sur une portion étonnamment abrupte de la pente. Elles nous regardent nous stationner, presque aussi curieuses de notre présence que nous le sommes de découvrir leur berger.

Paolo Marsala, berger et producteur de fromages à Caltabellotta. Sicile mon amour.

Nous entrons ensuite dans la fromagerie. Les grandes cuves sont là, témoins du travail qui se fait ici quotidiennement. Nous n’assisterons pas à la fabrication ce jour-là … il aurait fallu revenir le lendemain mais nous pouvons tout de même découvrir les installations où Paolo transforme le lait de ses brebis.
Et ce n’est finalement pas la production qu’il nous réserve ce jour-là.
Il nous conduit plutôt dans la salle de dégustation.

Paolo Marsala, berger et producteur de fromages. Sicile mon amour.

Quelques minutes plus tard, nous sommes autour d’une table.
Nous y resterons près d’une heure.

Et puis, il y a la ricotta… 

La table se remplit comme seules les tables siciliennes savent le faire.
Différents fromages et pecorinos, olives, antipasti, huile d’olive produite localement, un vin rosé provenant d’un ami de Paolo… Tout ou presque vient d’ici, de gens qu’il connaît, de producteurs de son territoire.
Mais il y a surtout la ricotta.
Fraîche.
Fabriquée la veille.
Difficile d’expliquer à quelqu’un qui n’en a jamais goûté à quel point cette ricotta a peu à voir avec celle que nous connaissons chez nous.
La texture, la douceur, la fraîcheur du lait, le goût… tout est différent.
Goûter une ricotta fabriquée la veille, chez le berger qui l’a produite avec le lait de ses propres brebis, c’est une expérience en soi.
Une expérience que nous souhaitons sincèrement à tout le monde de vivre au moins une fois.
C’est extraordinaire.
À côté, les pecorinos, avec leurs différents affinages, racontent le même savoir-faire autrement. Des fromages simples en apparence, mais derrière lesquels se trouvent le lait, le troupeau, les pâturages, le temps… et des générations de connaissances transmises.
Et parce que nous sommes en Sicile, impossible évidemment de terminer sans une touche sucrée.
Des cannoli arrivent sur la table.
On aurait pu rester encore longtemps.

La table se remplit comme seules les tables siciliennes savent le faire. Différents fromages et pecorinos, olives, antipasti, huile d'olive produite localement, un vin rosé. Sicile Mon Amour.

Mais qui est Paolo ?

Pour comprendre vraiment ce qu’il y a derrière ces fromages, il faut connaître un peu celui qui les fabrique.
Car Paolo n’est pas devenu berger par hasard.
Il représente la cinquième génération de bergers de sa famille.
Son père, que nous avons également eu la chance de rencontrer, fait partie de cette histoire. Le métier, les gestes et le rapport au troupeau se transmettent ici d’une génération à l’autre.
Mais Paolo a pourtant essayé, à un moment de sa vie, de suivre une autre route.
Il est parti travailler à Milan, très loin de ses montagnes siciliennes et de la vie de berger.
L’expérience ne durera pas.
Il comprend rapidement que cette vie-là n’est tout simplement pas la sienne. Il revient donc en Sicile, à Caltabellotta, vers sa famille, ses brebis et le métier qu’il connaissait depuis toujours.
Ce choix prend encore davantage de sens lorsqu’on découvre la relation qu’entretient Paolo avec son troupeau.
Pour lui, le berger et ses brebis dépendent l’un de l’autre. Ce n’est pas simplement une activité économique. C’est une façon de vivre.
Et en 2023, cette vie a bien failli basculer.

2023 : presque tout perdre

En juillet 2023, un incendie frappe l’exploitation.
Paolo perd 189 brebis.
Presque tout son troupeau.
Quand on vient de passer du temps avec lui, que l’on a vu ses brebis sur la montagne et goûté les produits issus de leur lait, le chiffre prend soudainement une tout autre dimension.
Ce ne sont pas simplement 189 animaux perdus.
Pour un berger, c’est son travail, son revenu, des années d’efforts et une partie essentielle de son existence qui disparaissent.
Mais l’histoire ne s’arrête heureusement pas là.
À Caltabellotta, la solidarité s’organise. Une collecte est lancée et des gens se mobilisent pour aider Paolo et sa famille à repartir. De nouvelles brebis peuvent être achetées et, progressivement, le troupeau se reconstruit.

Paolo le berger. Résilience 2023. Sicile Mon Amour

Trois ans plus tard, lorsque nous arrivons chez lui en 2026, Paolo est toujours là.
Son père aussi.
Et les brebis sont de nouveau sur la montagne.

Et la ricotta est sur notre table.

Paolo le berger. Caltabellotta. Sicile Mon Amour.

Voilà aussi pourquoi nous aimons tant la Sicile

On pourrait évidemment visiter Caltabellotta pour ses paysages spectaculaires.
On pourrait venir dans cette partie de la Sicile pour Sciacca, ses plages, ses villages ou simplement pour parcourir ces routes qui serpentent entre montagnes et oliveraies.
Mais certaines des expériences dont nous nous souvenons le plus longtemps ne figurent pas nécessairement dans les guides.
Ce sont des rencontres.
Pendant près d’une heure, autour de cette table, nous n’avons pas simplement goûté du fromage.
Nous avons goûté le lait des brebis que nous venions de voir sur la montagne. Nous avons découvert un savoir-faire transmis depuis cinq générations. Nous avons rencontré un homme qui avait quitté cette terre avant de choisir d’y revenir, puis qui a presque tout perdu avant de recommencer.
Et quelque part entre un morceau de pecorino, une cuillerée de ricotta fraîche, un verre de rosé et un cannolo, nous avons découvert une autre petite parcelle de cette Sicile que nous aimons tant.
Une Sicile profondément attachée à sa terre, à ses traditions et aux gens qui continuent de les faire vivre.

Et cette fois-ci, c’est Marisa Gallo qui nous en a ouvert la porte.

Si vous passez un jour dans la région de Sciacca et de Caltabellotta et que vous avez la chance de vivre ce genre d’expérience, faites-le.

Et si Paolo vous offre de la ricotta fabriquée la veille…
Ne posez même pas de question. Goûtez.
Vous comprendrez.